Quelques réfléxions concernant
le FSE de Londres:
A Paris, lors des premières réunions de préparation du FSE de Londres, plusieurs participants ont exprimé la nécessité de changer de rythme de réalisation des FSE et s'interroger sur leur contenu et objectif. Le sentiment de faire un FSE annuel de trop a été marqué par une grande désaffection aux réunions de préparation. D'abord.
« Je sens de la lassitude et du découragement chez les militants. Il faut sortir de ces rituels où l'on hurle contre le capitalisme. » a dit Susan George dans Le Monde du 19/10/04.
20000 personnes présentes à Londres en 2004, après 50000 à Paris en 2003, 60000 à Florence en 2002, cela représente une désaffection régulière à propos de laquelle il nous faut nous interroger.
Plusieurs avis se sont exprimés :
· réaliser des événements aussi importants tous les ans est trop lourd. Il faut changer de rythme, modifier la programmation ;
· les difficultés à construire le mouvement social européen pèsent sur les FSE ;
· les FSE, c'est beaucoup de palabres et peu d'action ;
· le FSE 2004 à Londres a été marqué par la prééminence trop forte de militants et d'organisations liés à une organisation d'extrême-gauche du Royaume-Uni ;
Comme je l'ai déjà dit en introduction, le sentiment du poids de préparation à un événement annuel aussi lourd que le FSE est très répandu. Pour préciser, relativement au comité de préparation français, il fut discuté dès les premières réunions de cette question du rythme. 3 points de vue y furent exprimés :
· que les FSE se réunissent tous les 2 ans (point de vue très majoritaire);
· que les FSE se réunissent tous les 3 ans sous la forme qu'on leur connaît et que lors des années intermédiaires soient organisées des initiatives réunissant les organisations et réseaux d'organisation, en vue de la construction du mouvement social européen (point de vue exprimé par P.Gineste)
· il est justifié d'avoir quelques craintes vis-à-vis du FSE de Londres (délai et organisation dominante). Le FSE suivant (Grèce) est déjà avancé. Coupons la poire en deux : il y aura un délai de 18 mois entre les FSE 2004 et 2006.
Selon quel processus démocratique fut prise la décision? Quien sabe?
Franchement, je ne suis pas du tout sûr que cette poire coupée en 2 soit une bonne décision et j'espère qu'elle puisse être rediscutée. Je souligne que la question n'est pas seulement de choisir un rythme adapté mais aussi de ne pas courir le risque de voir grandir lassitude et deception.
Car il est urgent de faire un bilan sérieux des 3 premiers FSE, des 3 premières Assemblées des Mouvements Sociaux. Or où sont les éléments pour faire ce bilan ? Sur quel site de la mémoire des FSE ? Dans quel fond de tiroir de participants plus égaux que d'autres ? Il est clair que vu la manière utilisée pour s'inscrire au FSE, les informations accompagnant les inscriptions (individuelles, associatives) sont nombreuses et permettent un formidable connaissance de ceux qui ont participé aux FSE : âge, revenus, nationalité.. Ces informations statistiques sur les participants aux FSE, sur les sujets des réunions, sur la fréquentation de celles-ci doivent être mis à la disposition de tous.
A Londres, j'ai participé à quelques séminaires, principalement relatifs aux migrants et étrangers (j'étais intervenant au séminaire sur la Citoyenneté Européenne de Résidence) et au développement durable. J'ai été frappé par la manière trop dénonciatrice de s'exprimer. Par exemple, on passe son temps à établir la réalité de l'effet de serre (ce qui est bien connu) et on accorde très peu de temps aux solutions (ce qui serait bien sûr bien plus intéressant et utile). On pourrait appeler cela de la palabre.
Concernant les Assemblées des Mouvements Sociaux, les procédures utilisées jusqu'à présent sont totalement insatisfaisantes. Sous prétexte que les AMS ne font pas partie du FSE, elles ne sont pas préparées et tout est décidé en quelques heures lors du FSE, de préférence entre 3 et 4h du matin. Complètement antidémocratique. Seuls les initiés, ceux qui fréquentent assidûment les lieux d'organisation sont à même de participer sérieusement. Et encore !
Je propose donc que les ASM soient préparées parallèlement aux FSE. Les comités de préparation des FSE doivent être doublés par les comités de préparation des ASM. Il faut se donner du temps pour faire des propositions, en débattre, les modifier, les transformer, etc. Lors des réunions d'ASM, le débat démocratique aura alors eu lieu. Nous aurons alors une assurance minimum que les décisions correspondent à ce que les associations, les militants et, peut-être, les populations pensent et veulent.
Pierre Gineste