A l'échelle européenne comme à l'échelle internationale, le mouvement qui s'est développé et qui , sous l'impulsion des Forums, s'attache à combiner la critique du libéralisme et la propositions d'alternatives, constitue un facteur très positif dans une situation par ailleurs difficile pour l'ensemble des luttes sociales. En y apportant sa propre expérience syndicale, la FSU a l'objectif de contribuer au développement de cette dynamique, de favoriser les convergences entre mouvement associatif, citoyen et syndical, dans la perspective d'actions nécessaires à la construction d'un autre monde.
Cependant, il est clair que le FSE est à la recherche d'un second souffle. La FSU partage le point de vue qu'il est nécessaire aujourd'hui de réfléchir à des évolutions majeures de la préparation et du fonctionnement des FSE.
Quelques éléments de réflexion
Les bilan des trois FSE montre que chacun a eu son caractère propre et que le pays hôte imprime sa marque tant du point de vue des forces engagées, de la situation sociale et de la « culture politique ».
La démocratie, la confrontation respectueuse, conditions de vie et de développement du FSE :
L'idée du FSE, c'est celle de l'échange entre forces qui ne sont pas d'accord sur tout, mais se reconnaissant dans les valeurs du combat altermondialiste. Cela nécessite une attitude volontariste à tous les niveaux du processus : mis en place du programme, fusion des séminaires, constitution des panels.... La préparation du FSE est un processus lourd et complexe et il est assez naturel que des tensions apparaissent. Le problème est de faire en sorte que ces tensions ne dégénèrent pas et ne deviennent pas un obstacle pour la construction du FSE. Le bilan est de ce point de vue mitigé puisqu'un certain nombre d'incidents ont eu lieu pendant le dernier forum et que le comité d'organisation britannique n'a pas pu ou voulu intégrer les activités "off" qui contrairement à Florence ou à Paris/Saint-Denis ont été totalement extérieures au processus du FSE.
Si les séminaires et pleinières sur l'Europe ou les droits sociaux ont été intéressants, contradictoires et productifs, il n'en a pas été de même sur d'autres thématiques, les plus chargées émotionnelle ment. On a souvent eu droit à des meetings, offrant une succession de harangues, sans possibilité de débat. D'autre part, des incidents rares, mais regrettables, se sont produits : certains intervenants n'ont pu s'exprimer.Ainsi par exemple le séminaire « pro-hijab » était organisé pour refuser le débat : on sait que ce débat traverse le mouvement social, en tout cas en France. Ce fait, suffisait à lui seul à justifier l'expression d'opinions divergentes au sein du séminaire. Il n'est pas possible de céder sur un principe de base du FSE : on s'écoute et on dialogue. L'acceptation du débat et de la controverse, le rejet des techniques de propagande visant à imposer un point de vue ou une organisation, doivent être un bien commun partagé par tous les participants.
Un FSE tourné vers…l'Europe
Le FSE n'est pas un modèle réduit du FSM, il doit s'intéresser principalement aux enjeux européens, à partir des questions européennes ou des questions internationales vues sous l'angle européen. La place des questions sociales : travail, précarité, protection sociale, services publics...devrait être plus centrale. Sur certains sujets, Londres a permis un travail, invisible aux médias, et une avancée par rapport à Florence et Paris, même si l'on n'échappe pas aux répétitions. Des réseaux se sont constitués, ou se retrouvent, on a appris à se connaître, à se parler, on commence à envisager des actions et des mobilisations communes, des campagnes. On voit les progrès sur l'éducation, la directive Bolkestein, les taxes globales, les droits sociaux, la santé, les services publics…et de véritables campagnes sont organisées sur le développement durable, l'eau, le racisme,…Les échanges sur le Traité constitutionnel ont montré qu'il y avait un fort mécontentement sur le contenu, mais que l'appréciation du Traité d'une part, la stratégie à mener d'autre part, suscitent des débats ouverts.
Continuité, lisibilité, mémoire des Forums
Les séminaires doivent être travaillés plus en amont, les approchements entre réseaux doivent se poursuivre entre deux FSE. Cette continuité existe déjà par l'intermédiaire du processus de préparation et des campagnes de mobilisations, mais elle est très insuffisante. Les séminaires doivent prendre une place plus grande au sein du Forum et être conçus comme un moment et un moyen de confronter des idées, de construire des convergences, d'élaborer des propositions et d'organiser des mobilisations communes. Les propositions et actions décidées par un séminaire ou par des réseaux – y compris entre 2 FSE- n'engagent que les individus ou organisations qui décident d'y participer. Pour permettre à tous ceux et celles qui souhaitent s'y associer, elles doivent être portées à la connaissance de l'ensemble des participants au Forum par un dispositif qui reste à imaginer. Il faut remédier à la carence du Forum sur la mutualisation des idées et des actions, sur leur lisibilité par l'ensemble des participants et par l'opinion publique. La FSU soutient le travail qui est entrepris pour construire la mémoire des Forums.
Le FSE comme moment collectif
Le FSE ne s'adresse pas seulement à des experts ou à des militants. Le FSE est un des rares événements où les jeunes sont massivement présents, et de nombreuses personnes viennent là pour tirer des rares moments collectifs qui existent aujourd'hui une force subjective qui redonne l'espoir. Le Forum doit travailler à élargir la représentation populaire qui fait encore défaut aujourd'hui. Le Forum doit être un espace public ouvert et devenir une véritable « agora ». Il est donc important de soigner l'aspect « rencontres » du FSE : il faut du festif, du culturel, des espaces horizontaux, des liens avec l'environnement du Forum, des stands ouverts aux échanges sur les pratiques sociales, des lieux de rencontre et quelques moments collectifs où les participants peuvent se rassembler autour d' »événements ». Dans cet esprit, il serait intéressant d'avoir un espace syndical qui favoriserait la rencontre et les échanges informels entre les syndicats qui participent au Forum.
Le processus de préparation
Vu la lourdeur du processus de préparation, il est préférable de passer à un rythme bisannuel des FSE. Il est indispensable de travailler à ce que l'ensemble des mouvements concernés participe réellement au processus de préparation tant au niveau national qu'au niveau européen. Cette participation est d'autant plus importante que c'est durant le processus de préparation que les liens entre les différentes forces engagées dans le Forum se tissent, et que des habitudes de travail en commun se construisent. Il est d'ailleurs tout à fait notable qu'au niveau français, les habitudes de travail au sein du CIFS ( Comité d'initiative Français pour les Forums sociaux) depuis plusieurs années aboutissent à une certaine homogénéisation sur toute une série de points de vue concernant le processus, les méthodes de travail et une grande confiance entre des partenaires pourtant pas forcément habitués à travailler ensemble auparavant. L'amélioration du processus de préparation est donc un enjeu majeur. C'est l'AEP ( Assemblée européenne de préparation ) qui a pour fonction de prendre les décisions politiques concernant l'organisation du Forum, qui sont ensuite mises en oeuvre par le comité d'organisation du pays hôte. Le FSE de Londres a montré qu'il est nécessaire de travailler à une meilleure articulation entre cette AEP et le comité d'organisation du pays d'accueil. Le défi est de conjuguer la recherche de l'inclusivité (de tous les acteurs sociaux qui veulent y participer sur la base de la Charte de Porto Alegre), de la représentativité de l'assemblée, de son fonctionnement démocratique et de son efficacité.
L'Assemblée des mouvements sociaux
Des débats existent* *sur le rôle, la nature, et le fonctionnement de l'assemblée des mouvements sociaux. De par sa conception, le Forum n'a pas la légitimité de publier un texte ou d'appeler à des mobilisations qui engageraient l'ensemble de ses participants. Toutefois comme le dit la charte de POA, le FS constitue un espace qui « favorise l'articulation en vue d'actions efficaces, d'instances,et de mouvements de la société civile qui s'opposent au néolibéralisme" En ce sens, l'assemblée des mouvements sociaux veut être un lieu de coordination des actions et d'appel à des mobilisations plus larges pour ceux qui souhaitent s'y engager. Mais la représentativité de ses appels est étroitement liée à la représentativité de l'assemblée et à son mode fonctionnement. A Londres, un accord s'est réalisé pour proposer une manifestation à Bruxelles le 19 mars a été faite dans l'appel de l'assemblée des mouvements sociaux. La FSU souhaite que cela aboutisse à une initiative unitaire et examinera les perspectives de cette mobilisation.
La FSU dans le FSE
Depuis Florence la FSU a participé activement aux FSE, dans le processus de préparation comme lors des évènements eux-mêmes. Pour autant nous souhaitons là aussi poursuivre notre réflexion sur notre implication. Au delà de la participation militante de notre organisation syndicale, le défi reste comment faire participer plus massivement nos collègues, les salarié-es de nos différents secteurs ? Nous avions déjà constaté cette difficulté, y compris lorsque le FSE s'est tenu en France. Dans les évolutions nécessaires pour la tenue de l'évènement lui-même il est nécessaire de se fixer cet objectif de participation des salarié-es. Comment mieux articuler notre activité syndicale avec cette activité « Forum » ? Il ne s'agit pas d'une activité internationale au sens traditionnelle du terme. Dans les Forums, les thèmes, campagnes et mobilisations qui y sont discutés s'articulent avec notre activité syndicale quotidienne et avec notre activité syndicale internationale.
Notre objectif est de contribuer à impliquer davantage le mouvement syndical européen dans la préparation et l'activité des Forums. On peut constater des progrès notables dans cette implication depuis Florence, mais avec des inégalités selon les pays. A Londres, la CES s'est investie davantage : accueil de l'AEP de Bruxelles au siège de la CES, participation à des séminaires et pleinières,… Les séminaires auxquels la FSU a participé ont pu donner lieu à différentes initiatives ou propositions d'initiatives, comme c'est le cas sur l'éducation ou encore contre la directive Bolkestein; la FSU contribuera à leur mise en oeuvre.