Le Forum et le Réseau. Une analyse des modes de gouvernement des forums sociaux

Christophe Aguiton, Dominique Cardon

Communication pour le colloque « Cultures et pratiques participatives : une perspective comparative » - LAIOS/AFSP.

Quelle solution organisationnelle convient à la coordination internationale des multiples réseaux d’associations, d’ONG, de syndicats, de think tank, de mouvements sociaux, etc., que l’on reconnaît aujourd’hui sous le nom de « Mouvement altermondialiste » ?
De quel « gouvernement » un « réseau de réseaux » peut-il se doter pour favoriser des formes d’action collective à visée internationale, tout en préservant la diversité des composantes qui lui ont donné naissance ? Les réponses apportées par le mouvement « alter » à ces questions ont pris la forme d’une série d’innovations organisationnelles dont l’une des plus originale est la création du processus des forums sociaux initié lors du premier Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre en janvier 2001.
Espaces ouverts à des centaines de débats, de séminaires et d’ateliers, théâtres de rencontres, de confrontations et de convergences entre acteurs, incubateurs de mots d’ordre, de campagnes et de séquences de mobilisation, lieux de socialisation, d’apprentissage et de production identitaire, les forums sociaux brassent en un savant désordre les composantes des différents segments de réseaux qui se réclament du « mouvement altermondialiste ». Cependant, si on la soustrait aux effets de labellisation qui la font exister comme un acteur collectif, cohérent et unifié, la « nébuleuse alter » apparaît d’abord comme une collection d’acteurs et de mouvements nationaux si hétérogènes que certains y trouvent prétexte à contester la consistance de ce collectif international de liens faibles (Fougier, 2004 ; Cohen, 2004).


La multiplicité des causes, la diversité des positionnements idéologiques, l’éventail des formes organisationnelles, l’ancrage dans des contextes nationaux différents, la disparité de la taille et de la représentativité des organisations, etc., tout rend, à première vue, extrêmement fragile et instable la coalition de circonstance qui s’est nouée à Seattle entre les mouvements sociaux et syndicaux américains et les réseaux d’ONG environnementalistes et citoyennes. Certes, la convergence des critiques écologistes, développementalistes, socialistes, féministes, culturelles, etc., des politiques néo-libérales a favorisé la constitution d’un « méta-cadre » d’action collective capable d’accueillir un ensemble de revendications sectorielles ou générales, réformistes ou radicales, locales ou internationales.
Mais ce processus d’alignement entre une multiplicité de cadres de mobilisation fragmentés, qui s’est progressivement consolidé derrière l’affirmation de la « priorité des droits humains sur ceux de la marchandise » et se désigne désormais comme « mouvement de justice globale » (De Sousa Santos, 2004), ne suffit pas à expliquer la solidification des alliances construites lors des mobilisations des années 1999-2001 et l’institutionnalisation progressive du mouvement alter. Il nous semble aussi nécessaire de porter attention aux particularités des formats organisationnels qui ont permis de coordonner ces acteurs hétérogènes.
Car c’est notamment en définissant, par tâtonnement et approximation, un système de coordination susceptible de préserver le caractère fondamentalement réticulaire et le souci d’horizontalité qu’expriment ses diverses composantes que les organisations du mouvement altermondialiste sont parvenues à faire exister ce nouveau label.

Forme réseau et culture participative

De nombreux auteurs ont souligné l’isomorphie entre les transformations récentes des formes organisationnelles de l’entreprise capitaliste ou des institutions internationales et celles des organisations qui en font la critique (Boltanski, Chiapello, 1999, p. 431-435 ; Sassken, 2004). Pour être efficaces et déployer une critique pertinente, les structures militantes devraient emprunter leur forme et leurs ressources au monde qu’elles contestent. Alors que l’entreprise hiérarchique, critiquée pour son caractère vertical et centralisé, s’est organisée par « projet » en empruntant à la forme réseau son caractère horizontal, polyvalent et distribué, certains secteurs militants donnaient naissance à des collectifs endossant, eux aussi, des formes réticulaires pour les opposer aux bureaucraties partisanes, syndicales ou associatives. Les réseaux techniques se sont, par ailleurs, profondément encastrés dans ces évolutions (Castells, 2001), notamment à travers le développement des systèmes de communication sur Internet qui présentent une infrastructure décentralisée et coopérative (Flichy, 2001).


Fonctionnant tout à la fois comme un système de valeurs et comme un ensemble de pratiques et de dispositifs, la « forme réseau » s’est imposée comme un descripteur puissant et efficace des modes de mise en relations entre militants et organisations militantes qui ont émergé au début des années quatre-vingt dix dans les espaces associatifs et syndicaux au niveau national et international. On entend ici par « forme réseau », les dispositifs organisationnels qui se caractérisent par un faible étagement hiérarchique, une structure décentralisée laissant une importante marge d’autonomie aux acteurs, la recherche de coordination avec d’autres entités extérieures et le souci du consensus dans les prises de décision. Parce que l’horizontalité est sa composante principale, les acteurs prêtent souvent à cette forme organisationnelle un ensemble de valeurs (flexibilité, mobilité, respect des individualités, proximité à l’action, etc.) qui l’associe – partiellement, et de façon parfois ambiguë – aux cultures participatives qui revendiquent la démocratisation des organisations militantes par la participation, la transparence des décisions, le refus de la bureaucratisation et des phénomènes de délégation. Même si, à l’évidence, l’ensemble des collectifs (associations, ONG, syndicats, associations, mouvements sociaux, think tank, fondations, églises) qui se reconnaissent aujourd’hui dans le mouvement altermondialiste présentent des structures organisationnelles extrêmement hétérogènes, et souvent très éloignées de la visée d’horizontalité à laquelle prétend la « forme réseau », cette exigence fait cependant l’objet d’une valorisation collective comme principe de coordination désirable pour les organisations elles-mêmes, mais surtout pour le tissu qu’elles forment en se retrouvant au sein des forums sociaux.

Le lexique du réseau s’est en effet imposé dans le militantisme des ONG internationales (transnational advocacy networks) dès la fin des années 80 (Keck, Sikkink, 1998, p. 4). Les premiers acteurs à se coordonner sur le plan international, dès les années 1970, ont été un certain nombre d’ONG qui contestaient, sur leurs terrains, la légitimité de l’organisation westphalienne du monde : Amnesty International, sur la défense des droits de l’homme, Friends of the Earth ou GreenPeace sur les questions environnementales, Oxfam sur le développement ou Médecins sans frontières sur l’urgence humanitaire. Même s’il existe une grande variabilité dans les formes organisationnelles de ces ONG internationales, qui s’étaient initialement constituées sur un mode souvent centralisé, beaucoup évoluent aujourd’hui vers des formes d’organisation réticulaires, favorisant la décentralisation des décisions et l’autonomie des centres nationaux (Anheier, Themudo, 2002). Dans un contexte d’accroissement de la globalisation, l’internationalisation des mouvements sociaux est plus tardive, les organisations internationales traditionnelles comme les internationales syndicales étant des structures essentiellement formelles. Le processus menant à la création de l’OMC, l’ouverture des marchés agricoles et la diffusion des OGM vont ainsi amener les syndicats et mouvements de petits paysans à constituer Via Campesina, qui regroupe aujourd’hui 50 millions de paysans à travers le monde, et à intensifier les actions coordonnées sur le plan international.

La transformation rapide des entreprises et l’externalisation massive d’une part croissante de leur activité a poussé les syndicats à construire de nouvelles alliances, sur le plan international, entre acteurs du Nord et acteurs du Sud, comme sur le plan social et militant où les syndicats de salariés construisent des alliances avec les mouvements de consommateurs, des ONG de défense des droits de l’homme et les environnementalistes (Aguiton, 2003). Plus généralement, l’émergence des mouvements altermondialistes a permis aux ONG, mêmes à celles qui peuvent être critiques vis-à-vis de leurs thèses (Cohen, 2003), d’utiliser ce nouveau rapport de force comme une ressource dans leurs négociations avec les gouvernements et les institutions internationales. Ces transformations prennent notamment sens au regard de la complexité du système d’acteurs, locaux, nationaux et internationaux, publics et privés, gouvernemental, intergouvernemental ou international qui compose l’espace de mobilisation des causes globales. La structure des opportunités politiques transnationales requiert en effet une coordination décentralisée et la coopération des acteurs (Guigni, 2002). Aussi, la construction de coalitions, de plateformes, de partenariats inter-associatifs, voire même de sous-traitances associatives, est-elle devenue une pratique dominante de l’action internationale où les coordinations sont systématiquement préférées aux structures verticales de contrôle.

L’émergence de la forme réseau comme mode de coordination privilégié par les organisations à vocation internationale accompagne, sans que ces phénomènes soient dans un rapport de cause à effet, des transformations des modes d’engagement individuel : plus mobiles, plus spécialisés, plus individuels aussi, certains investissements militants se portent préférentiellement vers des collectifs aux frontières souples, respectueux de la diversité d’orientation et d’intensité des engagements et réservant une certaine autonomie aux différentes entités qui les compose (Ion, 1997). Si ce type de rapport à l’engagement est étroitement associé à la distribution du capital culturel, il faut aussi souligner l’importance dans l’apparition des formes organisationnelles réticulaires de mouvements de chômeurs ou de sans papiers marqués eux aussi par la mobilité, l’importance donnée aux parcours individuels et la méfiance à l’égard des phénomènes de délégation.

La valorisation de la « forme réseau » renvoie, en effet, plus généralement, à la diffusion au sein du mouvement altermondialiste d’une culture politique participative, méfiante à l’égard de l’accaparement des micros par des porte-parole professionnels et soucieuse d’affirmer la diversité et la pluralité de ses composantes. De nombreux travaux de sociologie politique portant sur ces organisations ou sur les biographies militantes de leurs acteurs (Collovald et al., 2002) ont montré les limites de ce nouveau langage de description de l’engagement politique, sans doute plus « idéologique » que sociologiquement fondé. Mais c’est justement ce dernier trait qui nous importe ici. Même si, à tous égards, il est difficile d’observer une rupture significative dans les trajectoires, les pratiques et les comportements organisationnels des militants, il n’en reste pas moins nécessaire de prendre au sérieux ce qui apparaît désormais comme un cadre de définition légitime du bon comportement militant et de la bonne forme organisationnelle. Sans constituer un brusque changement de paradigme, c’est bien parce que les acteurs se réfèrent désormais à ce modèle normatif qu’ils impriment une marque originale, des déplacements et des transformations aux dispositifs organisationnels dans lesquels ils s’engagent.

Comment organiser un réseau de réseaux ?

Dans ce texte, nous chercherons à interroger la manière dont a pu s’opérer une coordination suffisamment « efficace » de l’ensemble hétérogène de mouvements que réunit le processus des forums sociaux pour produire une identité publique stable et reconnue, alors que celui-ci ne s’est doté que d’un cadre institutionnel extrêmement léger et fragile. Le mouvement altermondialiste a en effet mis en place, par ajustements progressifs et en recomposant un ensemble de formes organisationnelles disponibles, un système original de « gouvernance participative et ouverte » (Fung, Wright, 2003).
Si le choix des formats organisationnels ne constitue pas, en lui-même, une explication suffisante de la réussite ou de l’échec des mobilisations collectives, une interrogation détaillée des arbitrages organisationnels effectués par les acteurs permet de comprendre des éléments essentiels des dynamiques collectives et des cultures politiques sur lesquelles reposent leurs mobilisations (Clemens, 1996). En puisant dans la tradition « participative » des mouvements civiques et féministes des années soixante, les promoteurs des forums sociaux se sont attachés à construire des espaces à faible niveau de centralisation permettant de créer un ensemble de liens plus ou moins forts entre les organisations participantes. Aussi, la culture organisationnelle qui s’est forgée au sein de la galaxie altermondialiste emprunte-t-elle aussi bien aux mouvements sociaux organisés en coordination, aux pratiques des grandes campagnes transnationales, aux colloques et réunions internationales et au fonctionnement des collectifs libertaires incarnée par les spokecouncil. Elle se caractérise par son souci de concilier coordination et diversité, stratégie collective et récusation des avant-gardes, mot d’ordre et refus de la délégation, consensus et interdit de la représentation.
Dans son travail sur les mouvements sociaux américains des années 60, Francesca Polletta (2002) montre qu’il y a lieu de relativiser les interprétations « réalistes » qui font de l’abandon des idéaux participatifs et démocratiques initiaux au profit de structures hiérarchiques et délégataires une condition du succès des mobilisations collectives. En certaines circonstances, des formes organisationnelles « plates » peuvent s’avérer indispensables tant pour des raisons fonctionnelles (la préservation d’un équilibre coopératif entre composantes concurrentes) que culturelles (la préférence donnée aux dimensions « développementales » et socialisatrices de la mobilisation). Mais surtout, la transformation pyramidale des mouvements sociaux apparaît surtout comme un effet de l’interaction des mobilisations collectives avec la structure de l’espace politique qu’elles cherchent à investir. Aussi voudrions-nous montrer, d’une part, que l’émergence de la forme forum social comme instance de coordination ouverte et polyarchique des mouvements de contestation des politiques néo-libérales correspond à l’expression, inégale et différenciée, dans les univers militants mobilisés d’une « culture participative » s’exprimant notamment par l’affirmation d’une préférence pour la « forme réseau » et que, d’autre part, l’indétermination, l’éclatement et la distribution des arènes politiques que cherchent à pénétrer le mouvement altermondialiste rend, semble-t-il, plus efficace et pertinente ce type de coordination.

1. Les forums sociaux : un système de coordination sous contraintes d’horizontalité

L’une des propriétés décisives de la forme réseau, celle par laquelle on peut le plus facilement la distinguer des formes organisationnelles liées à la représentation élective comme les partis ou les groupes de pression (Aguiton, 2003b), est qu’il n’existe pas de point de vue en surplomb ou extérieur depuis lequel il serait possible de totaliser (de voir, de dénombrer, de représenter) les entités du réseau. Un réseau, en tant que tel, ne constitue pas un collectif. Il se présente comme un milieu instable de flux, d’échanges et de transactions. Il ne dispose pas d’instrument permettant de définir sa population, ni d’intentionnalité ou de structure de représentation permettant d’orienter une action ou une stratégie.
C’est pourquoi, il faut donner une forme au réseau pour mobiliser les forces déposées dans les liens qui associent ses différents nœuds et construire une forme d’action collective. Luc Boltanski et Eve Chiapello ont proposé une appellation générique pour désigner l’ensemble des architectures qui se construisent sur le fond du réseau pour lui donner une forme temporaire et marquer en pointillé les frontières provisoires d’un collectif. Par projet, notion empruntée au vocabulaire du management d’entreprise mais généralisable à un ensemble très large d’actions collectives orientées vers la réalisation d’un but, ils désignent « l’objet ou le prétexte de la connexion » permettant d’activer un « bout de réseau […] pendant une période relativement courte » et de forger des liens plus durables. Sur le tissu sans couture du réseau, le projet est donc « une poche d’accumulation temporaire qui, étant créatrice de valeur, donne un fondement à l’exigence de faire s’étendre le réseau en favorisant des connexions » (Boltanski, Chiapello, 1999 , p. 157). Il constitue un « mini-espace de calcul, à l’intérieur [duquel] un ordre peut être engendré et justifié » (Idem, p. 160).

1.1. La forme forum sur fond de réseaux

Si le projet constitue l’architecture privilégiée des univers connexionistes, il n’est pas difficile d’identifier les multiples formes qu’il a pu prendre dans l’histoire récente des mobilisations transnationales. Un ensemble de dispositifs de mobilisation multi-partenariale se sont, en effet, mis en place pour coordonner des actions collectives internationales que ce soit sous forme de manifestations (comme les manifestations contre la guerre du 15 février 2003), de marches (comme les marches européennes contre le chômage, les caravanes des indiens du Karnakata), de collectif d’experts (comme ceux qui se mobiliseront contre l’AMI).
Certaines de ces techniques de mobilisation ont parfois pris la forme de quasi-organisations à l’exemple des grandes campagnes internationales qui structurent des formes relationnelles en coordination inter-associative pour une longue durée (Jubilee 2000, 50 years is enough). Ces diverses formes d’action collective orientées vers un but précis et circonscrit ont contribué à instaurer des systèmes d’échanges et de concertation entre différentes composantes des réseaux de militants transnationaux qui ont souvent montré une certaine efficacité. Cependant, en dépit des efforts conceptuels de nombre d’interprètes pour voir dans ces mobilisations inter-organisationnelle l’infrastructure émergente d’une hypothétique « société civile globale » (Keane, 2003), elles n’en constituent pas pour autant une architecture stable et globale de coordination des activités des mouvements sociaux et civils à l’échelle internationale.
De nombreuses initiatives se sont par ailleurs multipliés ces dernières années pour structurer des espaces de représentation de la « société civile mondiale » en renforçant le rôle de l’ECOSOC et les procédures de fonctionnement de l’ONU ou en créant des dispositifs de représentations accolés aux grandes institutions internationales afin d’associer les nouveaux acteurs contestataires que sont les ONG, les lobbies, les think tank à un renouvellement des formes de gouvernance des enjeux globaux (Scholte, Schnabel, 2002). Mais ces initiatives, encore marginales et très sectorielles, placent les acteurs de la société civile dans des relations d’interdépendances très asymétriques avec les Institutions internationales (Falquet, 2003 ; Pouligny, 2001).

Au regard de ces différentes formes de coordination transnationale, la forme forum social se propose comme une solution intermédiaire permettant à la fois de structurer le milieu foisonnant des acteurs, réseaux et mouvements engagés dans la contestation des politiques néo-libérales et de constituer un espace indépendant des Institutions internationales, des entreprises et des acteurs politiques qui sont à l’initiative du développement des dispositifs internationaux de gouvernance s’efforçant d’associer tous les acteurs partie prenante (multistakeholders).
Les forums sociaux constituent donc un espace d’articulation durable et autonome des acteurs de la « société civile globale », mais leur construction ne passe pas par une démarche de recensement et de représentation, à laquelle beaucoup d’initiatives à l’ingénierie complexe se sont déjà vainement essayés, mais par la mobilisation concertée des réseaux engagés dans des campagnes de contestations de la globalisation néo-libérale. Ils forment le projet, a priori paradoxal, de produire le genre d’espace que l’on conçoit habituellement dans une perspective représentative et élective, mais avec les outils des mouvements sociaux : la dynamique de l’action collective.
De sorte que le processus des forums sociaux construit, peu ou prou, une représentation de la « société civile globale » par la mobilisation volontaire de réseaux divers et multiples, mais il ne la représente pas. Dans une formulation sans ambiguïté, la Charte de Porto Alegre, qui a acquis une valeur quasi-constitutionnelle dans l’univers « alter », assure que « le Forum social mondial ne réunit et n’articule que les instances et mouvements de la société civile de tous les pays du monde, mais il ne prétend pas être une instance représentative de la société civile mondiale » (art. 5).

1.2. Partager et mobiliser : le double projet des forums sociaux

Pour restituer les différentes configurations prises par la forme forum social, nous aurons recours à un petit modèle descriptif permettant de mettre à jour les lignes de tensions et le jeu de critiques croisées que l’on observera dans la dynamique de transformation de leurs structures organisationnelles. Inspirée par les approches pragmatiques en sociologie, notamment celles qui tiennent les justifications et les critiques émises par les acteurs comme un ressort essentiel de l’édification et de la transformation des dispositifs publics (Boltanski, 1990), la construction de ce modèle de description a pour seule vocation d’aider à clarifier certaines argumentations, non tellement pour accéder à des ressorts cachés de l’action dont les acteurs n’auraient pas conscience, mais pour mettre à jour certains des ressorts les plus stables des lignes d’actions qu’ils empruntent. Elle propose donc une vue parfaitement idéalisée et abstraite de l’univers des acteurs et manque, par construction, la complexité et la variabilité de leurs comportements, des structures qu’ils investissent et de leurs rapports de force.

Comment construire un acteur collectif doté d’une certaine forme d’identité publique, de permanence organisationnelle et d’intentionnalité stratégique, tout en préservant la structure fondamentalement hétérogène et plurielle des composantes qu’il associe ?
L’édification de la forme forum sur fond de structure réticulaire peut être décrite comme la mise en œuvre d’un projet dual partagé en deux objectifs (P1 – Produire un espace commun et P2 ­– Favoriser l’émergence d’actions collectives) et soumis à trois contraintes d’horizontalité propres à la forme réseau : étendre les connections vers de nouveaux acteurs (C1), refuser la délégation (C2) et adopter le consensus comme procédure de prise de décision (C3).
Comme on s’en apercevra rapidement, les distinctions que nous proposons ici sont loin d’être aussi claires et affirmées dans les propos et les agissements des acteurs. La plupart du temps, elles sembleront même si étroitement confondues que ces distinctions analytiques paraîtront parfaitement artificielles - ce qu’elles sont, par construction.
On voudrait cependant montrer que cette décomposition des arguments des acteurs permet de rendre compte de la logique interne des tensions qui traversent les débats du mouvement alter et des stratégies qui président aux choix des différents dispositifs de concertation, de prise de décision et de construction organisationnelle des forums sociaux.

P1. Produire un espace commun
P2. Favoriser l’émergence d’actions collectives
C1. Etendre le réseau des participants
C2. Refuser la délégation
C3.Décider au consensus

Le premier trait que cette modélisation permet d’éclairer est la nature indiscutablement duale du projet de constitution d’un dispositif de coordination des acteurs engagés dans des secteurs très divers de la contestation des formes de la globalisation néo-libérale. Le premier objectif des forums sociaux est, en effet, de produire un espace de rencontre commun afin d’exposer, de débattre et de mutualiser les différents agendas des acteurs engagés dans une série de causes, d’expériences et de pratiques revendicatives (P1). Dans cette perspective, les forums sociaux constituent un cadre ouvert à la participation, la concertation et l’articulation des acteurs. Leur vocation est socialisatrice. Il s’agit d’encourager, par la mise en place d’un dispositif adapté, la formation de liens d’interdépendances et de produire une forme de civilité commune. Mais la constitution de cet espace est aussi doté d’un deuxième objectif, celui de se proposer comme lieu d’émergence et d’affermissement de stratégies d’action collective (P2) réunissant, en dehors de l’espace du forum, les acteurs qui s’y sont engagés pour mener des actions concertées (manifestations, appels, campagne, etc.).

Dans cette perspective, les forums sociaux sont le lieu de convergence des mobilisations et de génération de nouvelles luttes. Leur vocation est mobilisatrice. Même si aucun des acteurs n’isole clairement l’un ou l’autre de ces horizons, ceux-ci fonctionnent cependant comme deux polarités différentes dans la définition du projet des forums sociaux. Cette dualité est présente dans la gestation même des premières formes de coordination collective apparue avec le mouvement altermondialiste. Les contre-sommet (Seattle, 1999 ; Québec, 2001) réunissait des réseaux d’acteurs différents dans des manifestations et des actions contre la tenue de réunions des Institutions internationales. C’est aussi dans un objectif de mobilisation collective qu’un ensemble de réunions internationales (comme les Rencontres internationales de Saint-Denis de juin 1999) ou d’appels à mobilisation (comme l’« Appel aux peuples du monde » de Bangkok en février 2000) se sont tenus à la veille de l’initiative qui allait donner naissance au premier Forum social mondial (Cassen, 2003, p. 33-47 ; Aguiton, 2003). C’est, en revanche, une perspective sensiblement différente qui va émerger de la mise en place du premier FSM de Porto Alegre en janvier 2001. Déplaçant au Brésil une mobilisation collective qui se tenait jusqu’alors en Suisse (« L’autre Davos »), le premier FSM se présente comme un contre-forum autant que comme un contre-sommet. Il s’agit de mobiliser contre une rencontre internationale, mais aussi d’établir à des milliers de kilomètres de Davos, un autre forum qui ne soit pas économique, mais social. C’est le succès de ce premier contre-sommet de Davos qui va conduire ces organisateurs a autonomiser la forme forum de celle des contre-sommets en détachant progressivement sa programmation du calendrier du Forum économique mondial de Davos et en le dotant d’un slogan (« Un autre monde est possible ») qui indique clairement sa visée démonstrative.

La forme forum apparaît ainsi comme le résultat d’un compromis entre les tendances « stratégiques » du mouvement, qui insistent sur la nécessité d’un pilotage collectif des mots d’ordre et des appels à la mobilisation (P2), et les tendances « pluralistes », qui insistent sur la diversité, éventuellement contradictoire, des prises de positions et la vocation socialisatrice des forums (P1). De façon récurrente, ce débat va nourrir les oppositions des acteurs au sein du mouvement alter, en trouvant notamment sa formulation dans l’opposition entre un « forum-espace » (P1) et un « forum-mouvement » (P2) (Wasserman, 2003 ; Whitaker, 2004). Cependant conçu comme tel ces deux projets ne présentent pas une très grande originalité dans le répertoire des modes de coordination internationale. Poussé vers sa limite, le premier projet (P1) donne forme à une sorte de grande conférence internationale à vocation représentative.
Le second (P2) reprend sous un nouveau jour le projet avorté des Internationales ouvrières, socialistes, anarchistes ou syndicales (Löwy, 2004). C’est d’ailleurs parfois de cette façon que certaines polémiques internes au mouvement altermondialiste, ou que des commentaires externes peu au fait des pratiques « alter », ont entrepris de réduire les projets de l’un ou l’autre camp en une confrontation de deux lignes politiques. L’une, « réformiste », chercherait à faire des forums des espaces ouverts à tout type d’acteur (notamment aux hommes politiques) afin d’exercer un lobbying auprès des institutions internationales, l’autre, « mouvementiste », entendrait transformer les forums sociaux en avant-garde d’une stratégie de mobilisation mondiale. Si cette lecture de la tension interne au projet des forums sociaux a parfois pris une telle tournure, elle n’est pas parvenue à capturer les effets des règles d’auto-limitation que se sont fixées les promoteurs de la forme forum social, en l’obligeant à respecter les sévères contraintes d’horizontalité qui ont été consignées dans la Charte de Porto Alegre en avril 2001.

1.3. Les contraintes d’horizontalité

Pour en rendre compte, il importe de déployer le projet dual d’édification du processus des forums sociaux sous un ensemble de contraintes d’horizontalité propres aux modes de coordination en réseau. C’est en effet un principe d’autolimitation qui a animé les promoteurs de la forme forum en les conduisant à établir des règles minimales de coordination, tout en réservant un culte particulier à trois propriétés essentielles du fonctionnement en réseau : la diversité, le refus de la centralité et le consensus. Dans la modélisation que nous proposons, cette autolimitation peut s’exprimer sous la forme de ces trois contraintes auxquelles les propositions organisationnelles des acteurs doivent se soumettre. La première (C1) vise à faire respecter un principe de diversité. Celui-ci est valorisé comme une qualité et non comme une difficulté et célébré avec emphase dans nombre de textes et de déclarations internes. Le respect de ce principe de diversité favorise l’ouverture et l’extension maximale du réseau des participants, ce qui conduit à ouvrir le forum de façon très peu sélective à toute organisation ou collectif qui adhère à la charte de Porto Alegre.
Celle-ci ne délimite en effet le périmètre des participations que par une très large et ouverte déclaration substantielle : « Le Forum social mondial est un espace de rencontre ouvert […] d’instances et de mouvement de la société civile qui s’opposent au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme, et qui s’emploient à bâtir une société planétaire axé sur l’être humain » (article 1 de la Charte des Principes du Forum social mondial). De fait, la Charte n’exclut (presque) personne et multiple les déclarations d’ouverture et de pluralisme. Elle promet de préserver la diversité des intérêts hétérogènes en présence, de favoriser l’internationalisation des réseaux en dépit des multiples colorations prises par ses différents segments selon les contextes nationaux, de préserver la disparité idéologique des acteurs réunis et de maintenir une égalité de principe entre « gros » et « petits » acteurs. Tout se passe cependant comme si cette contrainte d’ouverture ne pouvait se faire qu’au prix d’un bannissement, celui des partis politique. L’article 9 de la Charte de Porto Alegre interdit leur présence en tant que tel au sein des forums, même si beaucoup, sous une autre étiquette (revue, association ou mouvement liés à des partis politiques), contournent cette interdiction. Cette mise à l’écart est justifiée par le principe d’autonomie des mouvements sociaux, et plus largement de la « société civile », à l’égard de l’espace politique, et par le souci de ne pas importer à l’intérieur du « forum-espace » les effets de concurrence pour la représentativité de la compétition politique.

La deuxième contrainte (C2) imposée à l’édiction de la forme forum a trait, de façon principielle, au refus de la centralité dans les univers réticulaires. Interdiction est faite à quiconque de parler au nom des forums sociaux, comme l’exprime avec force l’article 6 de la Charte de Porto Alegre :

« Les rencontres du Forum social mondial n’ont pas un caractère délibératif en tant que Forum social mondial. Personne ne sera donc autorisé à exprimer au nom du Forum, dans quelque édition que ce soit, des prises de position prétendant être celles de tous les participants. Les participants ne doivent pas être appelés à prendre des décisions, par vote ou par acclamation, en tant que rassemblement de ceux qui participent au Forum, sur des déclarations ou propositions d’action qui les engagent tous ou leur majorité et qui se voudraient être celles du Forum en tant que Forum. Il ne constitue donc pas d’instance de pouvoir que peuvent se disputer ceux qui participent à ces rencontres, ni ne prétend constituer l’unique alternative d’articulation et d’action des instances et mouvements qui en font partie » (art. 6).

Cette clause d’auto-limitation caractérise de façon exemplaire les propriétés essentielles des formes organisationnelles en réseau. Rien ne peut être dit ni décidé au nom de la totalité des composants ; aucun centre de pouvoir doté de moyen d’action sur l’ensemble des nœuds du réseau n’est à conquérir ; tout en revanche peut être fait, mobilisé et organisé au seul nom de ceux qui se sont engagés, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’espace du forum. S’ils sont animés par des collectifs organisateurs qui, comme on le verra, jouent d’un poids non négligeable dans leur construction, les forums sociaux n’ont pas de centre de décision, n’ont pas de porte-parole, et ne signent aucun texte ou déclaration.
Evénement-réseau, ils ne peuvent exhiber que leur diversité idéologique et stratégique. Outre la frustration des attentes des journalistes et des autres acteurs politiques qui aimeraient pouvoir identifier et saisir une « parole altermondialiste » univoque, cette contrainte génère aussi de nombreuses tensions à l’intérieur du mouvement.

La troisième contrainte (C3) que nous souhaitons isoler est le fonctionnement au consensus, un format de décision qui naît de la tension entre le projet et le réseau. Dans sa forme idéale, le projet présuppose une unité d’action, une unité de temps et un regroupement d’acteurs réunissant leurs énergies dans cet espace délimité de temps et d’objectifs. Dans la réalité, la multiplicité des actions que contient tout projet, l’extension possible de sa durée et les divergences d’intérêts et de points de vue entre acteurs rendent obligatoire les procédures d’arbitrage entre ces tensions. Dans les systèmes peu contraints que sont les réseaux militants, la tension entre projet et réseau se résout par des processus d’externalisation non excluantes (cf. infra : 3.4) et par le fonctionnement au consensus.
Le consensus s’est imposé dès le début comme la seule procédure de décision envisageable au sein des instances de décision d’un espace de coordination regroupant des organisations hétérogènes dans leurs fonctions, leurs procédures de décisions internes, leurs origines sociales et géographiques et le nombre de leurs membres. En l’absence de référentiel, aucun critère ne peut s’imposer pour périmètrer l’espace des participants ni leur conférer des grandeurs différenciées. De sorte que chaque organisation, qu’elle que soit sa taille, son origine géographique, son objet social, son positionnement politique, dispose potentiellement d’un même poids. Cependant, l’expression du consensus ne signifie pas unanimité.
La pratique du consensus requiert du temps, les questions non résolues étant renvoyées à une réunion ultérieure, et de nombreuses habiletés dans les rapports inter-organisationnels. La formation du consensus est une procédure qui identifie le refus plus que l’adhésion, une sorte de droit de veto qui permet aux acteurs de signifier le point limite qu’ils ne peuvent dépasser. Un veto qui ne peut cependant être utilisé à tout propos. Enfin, la pratique du consensus ne signifie en rien la disparition du rapport de force. Dans cet espace hétérogène, certains acteurs ont plus de poids que d’autres, par leur représentativité, la charge symbolique dont ils sont porteurs, ou la place particulière qu’ils ont acquis dans la construction du processus, et un refus qui ne serait pas soutenu par un de ces acteurs majeurs aurait beaucoup de mal à se faire entendre.

Cet exercice de modélisation qui prend pour argent comptant les visées consignées par les acteurs dans la Charte de Porto Alegre n’a d’intérêt qu’en ce qu’il permet de mettre à jour les différentes lignes de tension qui émergent de la confrontation entre le projet des forums sociaux et les contraintes d’horizontalité de la forme réseau. En effet, la réalité des pratiques organisationnelles au sein des forums sociaux, l’intensité des concurrences pour en définir la forme, les multiples stratégies développées pour peser sur leur conduite mettent constamment en tension cette description abstraite de l’architecture des forums. La « forme réseau » n’est qu’une idéalisation dont les contours sont souvent effacés par les rapports de forces et les logiques de positionnement des organisations. Il n’en reste pas moins que c’est à partir de ces contraintes d’horizontalité que les acteurs vont mesurer les écarts, les manquements ou les transgressions aux principes constitutifs du monde en réseau dont ils se rendent mutuellement responsables.

1.4. Trois types de gouvernement des forums sociaux

La forme organisationnelle des forums sociaux est particulièrement malléable. En tolérant une grande variété d’événements auto-organisées en son sein, elle offre un milieu favorable à l’innovation institutionnelle et rend possible l’expérimentation de différentes procédures de coordination circonscrites à des aires différentes de l’espace du forum (Staggenborg, 1989). Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que les propositions institutionnelles visant à apporter diverses solutions d’ingénierie participative aux processus des forums sociaux soient nombreuses et émanent de toutes sortes d’acteurs. Les modes de coordination et de légitimation des instances organisatrices des forums se sont en effet profondément transformés de la première à la cinquième édition du FSM. Par tâtonnement et ajustement progressif, et surtout en jouant sur les variations d’échelle entre les différents forums mondiaux, continentaux, nationaux ou locaux, différentes configurations institutionnelles ont été mise en oeuvre.
Il est cependant possible de dégager un mouvement d’ensemble dans les multiples aménagements institutionnels qui ont été apportés aux structures de gouvernement des forums. C’est en effet vers une radicalisation des principes de fonctionnement en réseau que s’oriente actuellement la plupart des choix d’organisation effectués par les promoteurs des forums mondiaux et européens : auto-organisation des événements, procéduralisation des règles de coordination, pluralité des stratégies d’action issues des différents espaces des forums et transformation des forums en lieux d’expérimentation des alternatives sociales et politiques.
Cette dynamique est le produit d’un parcours en mode essai/erreur dans lequel les critiques internes et externes portées à l’encontre des modes d’organisation existants ont joué un rôle déterminant. Certains segments du militantisme « alter » exercent en effet une vigilance sourcilleuse sur l’organisation de leur mouvement et conçoivent celui-ci comme un espace de préfiguration des changements globaux pour lesquels ils militent. Bien que cette sensibilité soit loin d’être également répartie, et qu’elle soit surtout portée par des think tank proche du monde intellectuel, certaines organisations font de la question démocratique l’enjeu premier et principal des forums sociaux. Elles multiplient ainsi les rappels à l’ordre, les publications et les propositions d’amendement aux processus des forums sociaux.

Les transformations des structures organisationnelles des forums peuvent s’interpréter comme la mise à l’épreuve successive de différentes manières de gérer la délicate tension entre le projet « unificateur » du forum, qu’il vise à communaliser les représentations et les programmes (P1) ou à définir des stratégies de mobilisation (P2), et les contraintes d’horizontalité propre à la forme réseau. Ces dernières rendent en effet difficile la mise en place d’un système de gouvernement du forum, puisqu’il est requis que celui-ci doit, d’une part, faire montre d’ouverture et de transparence et, d’autre part, refuser de tirer profit des ressources que lui confère sa réussite pour prononcer en son nom des mots d’ordre ou des appels à la mobilisation.
Dans leur principe même, ces contraintes posent trois types de risque aux organisateurs : celui d’une dilution des forces réunies par l’espace des forums en étendant les liens d’interdépendance vers toute sorte d’acteurs qui composent l’environnement relationnel des participants (partis politiques, fondations, organisation internationales, entreprises, etc.), celui de la paralysie résultant de la conjonction entre l’élargissement du nombre des organisateurs et l’adoption de la règle du consensus et celui d’un éclatement des lignes d’action multipliant, de manière éventuellement contradictoires, les mots d’ordres, les campagnes, les tactiques de lobbying et les appels à mobilisation. Comme on le verra, en portant l’accent sur l’une ou l’autre de ces contraintes, l’ouverture du réseau (C1), le refus de la délégation (C2) ou le maintien du consensus (C3) les acteurs modifient l’équilibre initial entre élaboration d’alternatives et action collective qui a donné naissance au projet du forum. Ils se soumettent alors à un jeu de critiques croisées particulièrement vif qui révèlent les fortes tensions politiques interne au forum.
Aussi, est-ce à travers un ensemble de compromis mêlant des techniques de coordinations traditionnelles et des solutions organisationnelles « radicales » que les promoteurs de la forme forum s’attachent aujourd’hui à redéfinir les modes de coordination internationale des réseaux de la critique de la globalisation néo-libérale. Afin de simplifier la présentation de ce parcours dans les technologies de coordination de la forme forum, nous nous arrêterons sur trois configurations organisationnelles différentes qui suivent grossièrement un déroulement chronologique : la mise en place, d’abord, par un groupe d’ONG, d’associations et de mouvements sociaux brésiliens des premiers forums sociaux mondiaux (modèle cooptatif), les forum sociaux européens, ou un mode de fonctionnement différent été adopté (modèle assemblée) et, enfin, la dernière session du Forum social mondial, en 2005, que les organisateurs brésiliens et le conseil international du FSM ont décidé de réviser profondément (modèle agglutination).

Deuxième partie --->

Ressources: Bibliographie et webographie -->

Version de travail – merci de nous adresser commentaires et critiques : christophe.aguiton(at)francetelecom.com ; dominique.cardon(at)wanadoo.fr]